Annonce publicitaire Diallo Ibrahima Sory E-mail: dbeck2012@yahoo.fr

Affaire BSGR: Une enquête suisse prolongée en Guinée

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La Guinée n’a pourtant pas de convention judiciaire avec la Suisse, pour qu’un grand magistrat suisse puisse venir interroger des personnalités du pays qui ont géré la Guinée de 2005 en 2010. Mais, il est vrai, les faits sont têtus. L’équipe dirigée par le procureur suisse Claudio Mascotto, a séjourné durant la semaine du 6 au 12 juillet à Conakry. L’homme veut s’assurer sur les conditions d’octroi des permis à BSGR sur le Simandou. En clair, il s’agissait pour lui de voir, si les commis de l’État guinéen qui sont les ministres et Premiers ministres, secrétaires généraux et directeurs nationaux n’ont pas été soudoyés par la société BSGR lors de l’attribution des permis sur les blocs 1 et 2 de Simandou. Comme le procureur suisse avait déjà entendu la version de M. Steinmetz, le patron de BSGR, en octobre 2013, son avocat genevois Me Marc estime donc qu’il n’y a rien à craindre. D’ailleurs, BSGR a publié un communiqué dans lequel on lit : « la société est heureuse que l’enquête suisse progresse après un long retard, et que le processus juridique internationalement reconnu est la transparence », avant de mentionner que « les actifs miniers de BSGR en Guinée, ont été expropriés illégalement».

L’enquête proprement dite

En entament l’enquête suisse sur Conakry, le procureur veut savoir s’il y a eu corruption d’agents étrangers et comment tout cela a été concocté. Donc, sur le terrain, il a pu recueillir des témoignages écrits et oraux pouvant l’aider à comprendre de fond en comble la réalité afin de contribuer à la manifestation de la vérité sur cette affaire. Selon nos informations, le séjour du procureur suisse n’a pas été de tout repos. Il a notamment pu entendre Dr Ahmed Tidiane Souaré ministre des Mines et de la géologie en 2006 et Premier ministre en 2008, Jean Marie Doré Premier ministre en 2010, des anciens ministres des Mines et de la géologie dont Dr Lounceiny Nabé, actuel gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), ainsi que plusieurs secrétaires généraux du ministère des Mines et des cadres du Comité interministériel ayant assisté aux travaux de l’élaboration de la convention de base de BSGR sur Zogota. Au finish, à en croire nos sources, l’on est très loin de l’infraction dite corruption dans ce dossier BSGR, où certains cadres n’ont fait que condamner la façon dont BSGR a fait son joint-venture avec la brésilienne Vale.

C’est donc connu, la Guinée n’avait aucun intérêt d’aller contre BSGR sur cette qualification de corruption. Ce procès qu’ils font à BSGR n’est pas nouveau pour les observateurs avertis de l’actualité minière guinéenne. Mais comme tout finit par se savoir, tous ces actes sont à mettre dans le registre de la « collaboration » voire de la calomnie dont le seul but est d’être en parfaite harmonie avec le discours officiel du moment. Ou bien d’éviter de s’attirer la colère de la
hiérarchie administrative.

En tout cas, ce show de Conakry aura aussi permis au procureur genevois de connaitre l’histoire de Simandou au point que certains observateurs s’accordent à soutenir que s’il y a procès, Rio Tinto sera beaucoup plus embêtée que BSGR dans ce dossier Simandou. Malgré que les médias étrangers, pour la plupart, ont toujours fait croire à l’opinion publique que si Rio Tinto a perdu ces blocs avant l’avènement du régime d’Alpha Condé, c’est par usage de corruption. Mais, si aucune des personnes interrogées n’affirme avoir été corrompue, la marge de manœuvres du procureur genevois sera orientée directement sur les détails contre dame Mamadie, qui se fait passer de l’épouse de l’ancien président, le général Lansana Conté.

Après la Guinée, les États-Unis ?

Puisque celle-ci, dans sa démarche, avait reconnu avoir été corrompue et que le président Conté lui, n’a jamais bénéficié de quelques avantages que ce soit de la part de BSGR. L’enquête suisse pourrait étendre ses tentacules au pays de l’Oncle Sam. Là, le procureur genevois aura la version de dame Mamadie sur sa confirmation de corruption. Et, toujours avec elle, il se procurerait de la liste des ministres, Premiers ministres et cadres de l’administration publique avec lesquels dame Mamadie a eu à collaborer dans la corruption, avant qu’elle ne passe en confrontation en procès correctionnel.

Le mode opératoire des enquêteurs

Vous avez dit enquête judiciaire, voyons! En mai 2013, des enquêteurs venus des États-Unis, autrement appelés agents du FBI, ont utilisé des voitures et les locaux de leur ambassade à Conakry. Comparaison n’est pas raison certes, mais il est à souligner que le mode opératoire suisse est étrangement différent de celui des Yankees. Les faits sont têtus. Durant leur séjour en terre guinéenne entre les 6 et 12 juillet 2015, les enquêteurs suisses se déplaçaient à bord de voitures Toyota de couleur noire de la présidence de la République de Guinée. A l’hôtel de l’indépendance de Conakry, c’est le ministre de la Justice Me Cheick Sakho et certains de ses collaborateurs qui étaient présents avec eux au dîner de ce jeudi 9 juillet. Oui, donc ! Les observateurs se demandent bien l’opportunité d’une telle façon de procéder quand bien même il n’y a pas de convention judiciaire connue entre la Guinée et la Suisse. Le ministre Cheik Sako, s’est bien exprimé en peu de mots sur ce sujet dans la presse en ligne. Il a notamment affirmé que le procureur de Genève n’a pas été invité par la Guinée et qu’il appréciera les résultats de son enquête de Conakry. Et puis, actualité oblige, pour quelle raison évidente, Sèkhoutouréyah tient-il à tout prix à cette manière pour mieux maquiller la vente aux
enchères des blocs de BSGR à quelques mois de la présidentielle du 11 octobre ? Pour quelle urgence, actionne-t-il la machine judiciaire de la sorte si son empressement ne trouvait pas un fondement dans sa volonté de mettre en vente les blocs 1 et 2 de Simandou sans qu’aucune infraction reprochée à BSGR ne soit prouvée ? Naturellement, sans aucune décision judiciaire indépendante, tout marché conclu sera vicié et risqué.

L’évidence…

L’enquête suisse se poursuit en Guinée. Mais cela ne devrait point faire oublier que quand – Alpha Condé, devenu chef d’État dans des conditions que l’on sait – accuse BSGR d’avoir usé de corruption, il passe sous silence que le ministre qui a signé le permis de BSGR sur le Simandou, s’appelle Dr Lounceiny Nabé. Aujourd’hui, cet ancien ministre des Mines du général Lansana Conté considéré à tort ou à raison comme l’un des cadres les plus honnêtes de la Guinée, est depuis bientôt cinq ans, le gouverneur de la Banque centrale de la république de Guinée (BCRG). Un poste qu’à bien voulu lui accorder Alpha Condé l’actuel chef de l’État. De même, la plupart des cadres interrogés par le procureur suisse dans le dossier BSGR, occupent des places privilégiées dans la galaxie présidentielle. Le banquier Kabinet Komara, idem. En 2009, il était le Premier ministre du régime du capitaine Moussa Dadis Camara au moment de l’établissement de la Convention avec la société BSGR. Il n’a pas manqué de préciser à son successeur Jean Marie Doré, de bien auditer tous les actes qu’il a accomplis, y compris celui de BSGR. Quel esprit de transparence !

Quelques mois après l’avènement d’Alpha Condé au pouvoir le 21 décembre 2010, Komara a été fait directeur exécutif de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS). Poste qu’il occupe actuellement. A l’image des autres qui ont bonne presse en Guinée, Komara n’a jamais été soudoyé ni par dame Mamadie, ni par un haut cadre encore moins par BSGR. Mieux vaut entendre ça que d’être sourd. Le régime actuel a débuté ce dossier dans la violation du droit de présomption d’innocence et le déni du devoir des autorités judiciaire (dont c’est le rôle) d’interpeller dans les règles de l’art tout citoyen guinéen accusé ou cité à témoin dans n’importe quel dossier. Et comme s’il avait bu le calice du démon, l’expropriation jusqu’à la lie, le régime a fait envoyer ses sbires procéder au kidnapping des employés de BSGR dans un spectacle digne d’un western, les séquestrer avant que la justice ne s’incline devant les faits. Là-dessus, les témoignages des deux principaux employés locaux de BSGR, Issiaga Banougra  »Benjamin  » et Ibrahima Sory II Touré qui ont séjourné illégalement à la prison centrale de Conakry pendant 8 mois, s’avèrent importants avant que l’enquête suisse ne soit close. Au cas où, pour la manifestation de la vérité, l’interview qu’IST, Ibrahima Sory Touré, a bien voulu nous accorder en février dernier, pourrait éclairer la lanterne du procureur.

Diallo Alpha Abdoulaye (Le Populaire)
Ibrahima N’Diaye (Guineemining.info)