Annonce publicitaire Diallo Ibrahima Sory E-mail: dbeck2012@yahoo.fr

« L’émission des billets de 20 000 et de 5000 n’augmente pas l’inflation », affirme Dr. Ousmane Kaba, économiste et député du RPG arc-en-ciel

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Économiste et président de la commission économie et finances à l’Assemblée nationale, Dr. Ousmane Kaba parle de la situation économique de la Guinée. La gestion post-Ebola de l’économie guinéenne, l’intégration monétaire, l’émission des billets 20 000 et de 5000, l’inflation, le bilan économique du Chef de l’Etat, cet expert en économie dit dans un entretien exclusif qu’il a accordé à notre rédaction.
Aminata.com: quel est votre regard sur la gestion actuel de l’économie guinéenne par le régime du Président Alpha Condé?
Dr. Ousmane Kaba: le résultat est globalement positif. Pour apprécier cela, sans faire trop de détail on peut faire un bilan succincte. Parce que quand ce régime arrivait au pouvoir nous sortions d’une transition. Sur tous les aspects, l’économie était à terre. Nous étions à 25% du taux d’inflation, un déficit budgétaire énorme de 13%. La conséquence c’était que le francs guinéen s’était affaibli en terme de devise. La Banque centrale avait épuisé l’ensemble de ses réserves d’échanges. Les Guinéens souffraient parce que tous les jours les prix augmentaient sur le marché. De l’autre côté, dans tous les secteurs de l’économie c’était la stagnation. L’agriculture ne bougeait plus, le pays s’enfonçait dans l’importation des denrées alimentaires. La production industrielle inexistante. Le taux de croissance était quasiment nul. Voilà d’où nous venons.
Qu’est-ce que vous avez pu faire en cinq ans?
Les deux premières années, nous avons pensé à rétablir cet équilibre macroéconomique. La première année déjà, le déficit budgétaire est passé de 13% du PIB à 3% du PIB. Ce qui fait un ajustement extraordinairement sévère. C’est ce qu’on appelle serrer la ceinture. Mais cela a e eu des conséquences heureuses. D’abord l’État n’empruntait plus à la Banque centrale. Vous savez lors que l’État emprunte la Banque centrale c’est ce qu’on appelle les planches à billet et c’est ce qui est la cause de l’inflation. Du fait que le déficit est tombé à 3% qui était financé par l’extérieur, l’État n’empruntait plus à la Banque centrale, le taux d’inflation a baissé. Le franc guinéen a commencé à avoir des couleurs et les prix ont commencé à se stabiliser plus que l’inflation est tombée à 10%. C’est l’aspect macroéconomique. Il faut regarder l’aspect développement sectoriel. D’abord dans le secteur agricole qui est le plus important de l’économie guinéenne dans la mesure où ce secteur concerne près de 70% de la population. L’État a commencé à distribuer des engrais à moindre coût. Ensuite l’État a commencé un début de mécanisation même s’il reste encore à faire. La conséquence ce que la production agricole dans le pays a augmenté substantiellement, les prix se sont stabilisés ce qui est une mesure importante pour les pauvres. C’est pourquoi que le prix du sac de riz n’a pas augmenté depuis 5 ans, il est toujours vendu à 200 mille francs guinéens.
Mais selon l’opposition, cette performance économique dont vous parlez, la population ne la ressent pas
Mais je pense qu’il faut éviter les polémiques politiques inutiles. Je suis en train de vous donner quelque chose de très concret. Je vous ai dit que les prix se sont stabilisés. Je vous dis que le sac de riz n’a pas augmenté depuis 5 ans. Le sac de riz n’a pas encore baissé malgré cette performance économique? Oui bien sûr, il n’a pas pour vocation de baisser. Mais au moins que le sac de riz n’augmente pas chaque matin. Les prix n’ont pas vocation à baisser. Lors qu’on maîtrise l’inflation, les prix augmentent mais moins vite que le passé. C’est très important pour les pauvres. Je vous ai dit que le secteur agricole a été fouetté. Si vous prenez le secteur du tourisme, quand on venait il n’y avait qu’un seul hôtel, c’est l’Hôtel de l’indépendance, Camayenne était fermé. Maintenant vous avez 8 à 10 hôtels de très bonne qualité entre 5 et 4 étoiles. Quand vous prenez le secteur des nouvelles technologiques de l’information, d’abord le téléphone est devenu beaucoup de très facile et s’est établi sur l’ensemble du territoire national. On est en train de mettre aujourd’hui la fibre optique dans toutes les sous-préfectures de la Guinée, plus de 4000 kilomètres, c’est sans équivalent en Afrique de l’Ouest. Quand vous prenez le secteur de l’énergie qui tient beaucoup à cœur les Guinéens, on est en train d’installer des grandes capacités de production à commencer par le fameux barrage de Kaleta de 240 Mégawatts qui fait trois fois Garafiri, c’est très important. A côté de cela, il y a les usines thermiques, on a investi près de 200 mégawatts. C’est pour ça que la distribution de courant s’est beaucoup améliorée à Conakry, tout le monde le sait. Ce qui fait que dans deux ans, le problème d’électricité sera derrière les Guinéens. Ce qui n’a pas été fait pendant 20 ans.
La Guinée comme d’autres pays voisins sont confrontés avec le virus Ebola depuis environ deux ans. Quelles sont les réformes économiques que ces pays doivent faire pour sortir de la léthargie économique?
Le gouvernement a fait un plan de relance Ebola. C’est un plan qui se chiffre à deux milliards de dollars. A New York où s’est tenue la réunion, les engagements des différents bailleurs de fonds dépassent le montant de 2,5 milliards. Cela veut dire que la Guinée est bien parti pour mettre en œuvre son plan post-Ebola. D’abord, en action d’urgence, il faut fortifier le secteur de santé, c’est important. Bien refaire le secteur comporte trois volets. Il y a le volet des infrastructures, il faut construire des centres de santé là où il n’y a pas. Il y a le volet des équipements, c’est aussi important. Troisièmement il y a le volet de formation des hommes. Il faut renforcer l’ensemble du système d’hygiène, l’accès à l’eau. Les secteurs productifs doivent être encouragés dans les domaines de l’agriculture, de l’industrie, de l’énergie, des mines, … Il faut relancer l’ensemble de ces secteurs. Le secteur des mines est très important il avait été très handicapé par le virus Ebola. Tous les projets anciens ont été réduits, les nouveaux projets ont été reportés parce qu’aucun expert n’acceptait de venir en Guinée. C’est ce qui explique aussi le retard du fameux projet de Simandou avec Rio Tinto. C’est un projet phare structurant d’une enveloppe de 20 milliards de dollars qui doit contribuer au budget national à hauteur de 2 milliards de dollars. Ce qui allait doubler le budget guinéen. Je dois dire qu’en tant qu’économiste, le gouvernement a eu une très bonne réaction en 2014 et 2015 en faisant beaucoup de dépenses d’investissement.
Cellou Dalein Diallo annonce dans son programme de société de faire intégrer la Guinée dans la zone Fcfa. Qu’en pensez-vous en tant qu’expert dans le domaine de l’économie?
Je pense que c’est un débat qui est ouvert. Cellou est un économiste aussi, il a travaillé avec moi à la Banque centrale. Il connait parfaitement ce problème. La question essentielle dans le domaine de l’intégration monétaire est celle-ci: est-ce que nous sommes capable de faire une bonne politique tout seul ou alors nous ne pouvons faire la bonne politique qu’en nous intégrant dans une zone monétaire. Elle n’est pas simple. Il y a des aspects purement économiques, politiques, financiers et bancaires. C’est une vieille question depuis l’indépendance de notre pays.
Vous personnellement quel est votre avis?
Je vous renvoie toujours en tant que spécialiste que pouvons-nous faire. Si nous sommes capable de faire une bonne monnaie seuls, on peut rester seuls. Si nous ne sommes pas capables mieux vaut s’intégrer.
Et avec la gestion économique du régime du Président Alpha Condé, vaut mieux qu’on reste seul avec le franc guinéen?
Actuellement la monnaie guinéenne est bien gérée parce qu’il y a moins d’inflation, moins de financement monétaire du trésor. C’est ça la question essentielle. Mais la question que vous vous posez est une question à long terme. Je préfère que ce débat soit envoyé à l’ensemble de la nation et que toutes les forces vives se prononcent.
Nous assistons à des nouvelles coupures et 20 000 et 5000 francs guinéens. Cellou Dalein Diallo dénonce la mise sur le marches de planches à billet qui à l’en croire va favoriser l’inflation. Qu’en pensez-vous?
L’opposition a tort. Je crois que c’est une simple prise de position politique. D’un point de vue de l’analyse monétaire, ce n’est pas vrai. Les nouvelles émissions des billets de 20 mille se font en remplacement des billets qui existent de la même valeur de 20 mille. Remplacer des billets usagers par les nouveaux billets de 20 mille n’augmente pas la masse monétaire. Donc, pratiquement n’a pas d’impact sur l’inflation. Il faut veiller seulement à ce que la Banque centrale fasse une monnaie divisionnaire, de faire de petites coupures suffisamment pour ne pas inciter les agents économiques à augmenter les prix lors que ce n’est pas nécessaire. Mais ce n’est pas l’émission des billets de 20 mille qui va augmenter l’inflation.
Mais les devises étrangères sont en fortes hausses face aux francs guinéens depuis l’émission de ces billets
Si les prix de devises commencent à augmenter sur les marchés d’échanges, il faut voir quels sont les différents facteurs qui expliquent. Je n’ai pas encore fait cette analyse pour voir pourquoi les prix de devises augmentent. ça n’a absolument rien a à voir avec l’émission des nouveaux billets, il faut s’en tenir à l’analyse économique et monétaire. La faiblesse ou la force de francs guinéen dépend de la masse monétaire par rapport à la demande de monnaie. La demande de monnaie est liée à beaucoup d’autres facteurs. L’émission monétaire n’a aucun impact.
Vous êtes le fondateur de l’Université Koffi Annan. Que vous inspire le système éducatif guinéen?
Le système éducatif guinéen vient de très loin. Je peux en parler car j’ai été un des acteurs du système depuis une vingtaine d’années. Aujourd’hui il y a une amélioration de l’ensemble du système en partie grâce au secteur privé de l’enseignement supérieur. Beaucoup de reproches sont faites aux universités privées c’est vrai en terme des contenus, de l’employabilité, … Mais, d’une manière générale, l’irruption de l’enseignement privé a amélioré le système de l’enseignement supérieur en Guinée. Le fait qu’il y a des compétitions entre les universités privées les obligent à améliorer les contenus au bénéfice des nos étudiants. Ceci dit, le monde universitaire en général tel que ça été fait en Afrique produit beaucoup des chômeurs. Ce n’est pas seulement l’université privé, c’est l’ensemble du système universitaire.
Comment vous parvenez à concilier la politique, l’assemblée nationale et l’Université Koffi Annan dont vous êtes le fondateur?
C’est une question d’organisation de l’emploi de temps. Je suis en même temps parlementaire, président de la commission économique, j’ai une université à gérer. D’abord au niveau de l’université, j’ai commencé par embaucher des personnes valables, j’ai travaillé avec beaucoup d’experts. Il y a un recteur qui est un Français agrégé de l’économie, il y a des vice-recteurs, il y a un Guinéen aussi professeur d’université. Chaque département est organisé en ayant un doyen qui est capable et ça marche. Je fais toujours ce que je faisais au début de cette université, m’assurer que les bons programmes sont enseignés et les programmes sont achevés en cours d’année.
Votre mot de la fin
Je ferai appel à toutes les bonnes volontés en Guinée. Les hommes politiques d’abord, la mouvance et l’opposition pour que nous soyons tous responsables. On se rappelle qu’on a un bien commun qui est la Guinée et qu’il va falloir gérer bien sûr en laissant exprimer toutes les opinions. Mais ne jamais oublier que nous appartenons au même pays, ne jamais mettre en cause la stabilité du pays. La stabilité du pays est la condition de la bonne gouvernance, de la prospérité dans n’importe quel pays. Si politiquement ça ne va pas il sera très difficile de trouver de solutions à nos problèmes économiques. J’en appelle à la responsabilité de tous les acteurs du pays, de tous les Guinéens en général.
Aminata.com